Un Cratère à cordes

de Marcel Moreau

Un Cratère à cordes, dernier écrit de Marcel Moreau, est un texte incandescent, aux intonations visionnaires qui nous plonge dans lʼespace orgasmique et organique des sombres ardeurs du corps et de lʼécriture. La partition portée par trois comédiens nous amène à entendre un choeur à trois voix descendant dans les profondeurs de lʼécriture de Marcel Moreau. Le texte est composé comme un chant, une danse,  sa musique et son rythme épousent la pensée en une étreinte charnelle. Grâce à un travail corporel, rythmique, polyphonique, le spectacle tente de  donner de la justesse à la fureur . Les mots, la voix et la danse se mêlent dans ce texte qui semble sʼautogénérer à mesure quʼil sʼécrit. Cʼest par le bas, le corps, le ventre, le sexe que se dessinent les arabesques sur le papier ainsi que sur le plateau, révélant le motif du désir de  lui  : le rythme et dʼ elle  : la langue, deux personnages en déséquilibre sur la corde raide de lʼamour fou !

Note dramaturgique

Marcel Moreau comme tous les grands auteurs invente sa langue qui devient comme une langue étrangère au coeur de la langue française. Je voudrais citer cette phrase de Deleuze parlant de Proust : Mais lʼécriture pour lui a pour tâche dʼécouter sa propre langue en étranger, de manière à dévoiler, à témoigner de lʼineffable en lui, à porter lʼécriture vers des frontières inexplorées, des nouvelles limites, et à faire un monde.

Pour donner à ressentir ce monde il fallait quʼil soit travaillé au corps par les acteurs. Corps à corps des mots et des chairs, des souffles et des rythmes. Il mʼa dʼemblée semblé nécessaire de créer un antre pour pouvoir faire entendre sensoriellement l’écriture. Un repaire commun au public et aux acteurs. Et puis il y avait lʼimage du cratère. Alors, il en découlait plusieurs choix scénographiques possibles, mais le plus brut, le plus radical et celui permettant de se rapprocher le plus du texte et de lʼauteur mʼest apparu être une disposition circulaire du public avec parmi eux les trois comédiens.

Au coeur de ce cratère, mais aussi de cette arène : la densité des mots, lʼémergence de ce « monde ». Le lieu dʼincandescence et de combat étant formé, il fallait que lui et elle puissent sʼy retrouver. La femme est fantasmée et seul le corps de lʼhomme est présent, triplement, en celui des trois comédiens.

Mais elle, cʼest aussi la langue de Moreau qui va sʼy déployer sans artifice.

Et lui cʼest aussi le rythme. Il sʼagit dʼun rythme de buléria qui va sous-tendre toute la représentation de son début à sa fin.

Ainsi libre et mise à nu, la langue peut éclore dans sa flamboyance et sa musicalité pour déplacer nos frontières communes, pour chercher les débordements.

Distribution

Avec : Thierry Bodson, Didier Poiteaux et Olivier Lenel
Mise en scène : Didier Poiteaux
Lumières et vidéo : Marie Kasemierczak
Création sonore : Lily Danhaive
Régie : Marie Kasemierczak et Lily Danhaive

Avec la collaboration d’Aurélie Rémy et Caroline Logiou

Une coproduction de la compagnie Inti Théâtre et du Poème 2

Durée du spectacle : 1h