Aux dernières Rencontres de théâtre jeune public de Huy, Un silence Ordinaire à reçu le Coup de foudre de la presse. Voici la revue de presse :

L’alcool, un silence ordinaire brisé par Didier Poiteaux

A Huy, le comédien livre un texte pudique et poignant autour d’un sujet toujours tabou. Indispensable.

Clara voudrait bien que son père ne soit pas comme « ça ».  Les yeux rougis, la parole embrouillée, sa destruction, celle de sa famille…

Jérémy ne sait pas sauver sa mère de ce truc-là.  Didier, lui, aimerait bien enfin parler de « ça ».

L’alcool.  Vaste sujet. Qui concerne autant les jeunes que les adultes, les enfants que les parents, les élèves que les professeurs.  Vaste sujet, oui, qui pourtant jamais n’a été abordé de front aux Rencontres théâtre jeune public de Huy.  Jusqu’à ce que Didier Poiteaux, comédien d’une sobriété appropriée, grand amateur du théâtre documentaire, s’empare du sujet, le contourne, s’en imprègne, le traverse et le livre, sur un plateau, accompagné de la bassiste Alice Vande Voorde, pour enfin briser Un silence ordinaire.

Fruit de rencontres, de témoignages, d’ateliers d’écriture avec des élèves, qu’il raconte d’entrée de jeu, le spectacle nous mène peu à peu du groupe à l’individu, du général à l’exemple, de la théorie à l’ultime confession, percutante, pudique et poignante : « Ma mère s’appelait Julia ».  Une seule phrase, amenée en finesse, et voici dite la douleur d’un fils de mère alcoolique.

Au départ, le comédien ne voulait pas parler de lui, mais toutes ses recherches, tout son travail l’y ont inévitablement mené et c’est ce volet autobiographique qui ajoute au spectacle son indispensable dimension de vérité.

Mise en scène très justement épurée

Avant d’y arriver, Didier Poiteaux livrera une démonstration implacable de l’omniprésence de l’alccol dans notre culture et choisira la métaphore pour décrire ses effets dans le cerveau, à l’aide de chaises sur le plateau.  Chaises qui, dans cette mise en scène très justement épurée d’Olivier Lenel, évoqueront aussi la classe pour les ateliers d’écriture ou le groupe de parole pour alcooliques et accompagnants de l’hôpital Sainte-Anne d’Anderlecht dont Didier Poiteaux raconte quelques bribes, avant d’imiter, avec empathie et nuance, la démarche hésitante de l’alcoolique.  

En attendant, du binge-drinking très pratiqué par les jeunes, au quadra qui fait la tournée minérale… du 24 au 28 février – car avant cela, il y avait son anniversaire, le carnaval et une promotion à fêter -, en passant par le ballon de rouge découvert dans le buffet, à côté des saladiers en plexy, chacun, ou presque se retrouve de près ou de loin.  Et frémit à la lecture d’un texte de La vie matérielle de Marguerite Duras : « On dit toujours trop tard à quelqu’un qu’il boit ».

Laurence Bertels – La Libre Belgique – 21/08/19

Dans l’ivresse d’une confession

Les rencontres de Huy ont beau se pencher sur le théâtre pour enfants, elles livrent bien souvent des pièces recommandables à tous les publics. C’est le cas du « Silence ordinaire » de l’Inti théâtre sur le thème de l’alcool. Coup de foudre !

Au final, le théâtre pour ados tourne souvent autour des mêmes thèmes : Harcèlement, parents défaillants, violence sexuelle, pièges des réseaux sociaux, suicide.  Alors, quand une compagnie ose un sujet pas forcément étiqueté « adolescent » en grosses lettres rouges clignotantes, on se réjouit.  Avec son spectacle, Suzy et Franck, sur la peine de mort, l’Inti Théâtre avait déjà bousculé le jeune public.  Reconnue « d’utilité publique », la pièce s’est d’ailleurs jouée près de 150 fois, accompagnée de débats sur le thème « qu’est-ce que punir ? ».

Aujourd’hui, en découvrant Le silence ordinaire, on se dit que Didier Poiteaux mériterait qu’on lui octroie d’office un abonnement à ce fameux label d’utilité publique.  En abordant cette fois la question de l’alcool, l’auteur et comédien livre un objet poignant qui devrait tourner dans les écoles mais aussi dans tous les théâtres, les festivals, les universités.

Absolument partout et pour des publics jeunes ou moins jeunes.  A Huy, lors de la première, un silence étouffé d’émotion a plané sur les derniers mots de Didier Poiteaux, le temps que les spectateurs ravalent ce drôle de nœud dans la gorge avant de pouvoir applaudir.  Il faut dire qu’en une heure, l’interprète parvient à se livrer, par petites (mais non moins douloureuses) touches, tout en dressant une enquête implacable sur l’alcool, ses tabous, ses paradoxes, ses ressorts scientifiques et ses conséquences sociales.  Tout a commencé lors d’un atelier d’écriture dans une école.  Alors que chacun s’est exprimé de manière légère et distancée sur le sujet de l’alcool, la jeune Clara balance son texte, très personnel.  Elle y confie les yeux rougis et vagues de son père quand elle rentre de l’école, les disputes avec sa mère, et puis cette question : « Pourquoi il est obligé de boire si ça va bousiller sa vie, la mienne et celle de notre famille ? » Bouleversé, l’auteur enclenche un minutieux travail de recherche et de récolte de témoignages.  Il rencontre un alcoologue qui lui rappelle que l’alcool est une drogue culturelle.  On oublie souvent que c’est une drogue, la seule que nous avons choisi de rendre légale ».  Si, dans notre pays, nous avans choisi de banaliser l’alcool et de diaboliser le cannabis, dans d’autre cultures, c’est l’inverse. 

 Au fond, pourquoi buvons-nous ? Peut-être parce que nous sommes la seule espèce humaine à savoir que nous sommes mortels.”

Une vérité foudroyante

Didier Poiteaux s’est immergé dans des groupes de paroles sur l’alcool où il a entendu des alcooliques, mais aussi des mères ou des fils d’alcooliques.  Il a rencontré un alcoolier qui avoue sans vergogne comment les grandes marques ciblent les 18-24 ans avec sponsoring de festivals ou création de pré-mixés festifs, genre whisky-coca, histoire de « fidéliser les jeunes sur nos marques ».  Le comédien remonte aux origines de l’alcool, explique ses effets scientifiques sur le cerveau, le mécanisme de la dépendance et les non-dits.  « C’est une maladie et pourtant on ne dit pas ‘ il est malade ‘, on dit ‘ c’est un pochtron, un saoulard, un sac à vin ‘ ». Il cite Marguerite Duras ou raconte les stratégies d’évitement de l’alcoolique mais aussi de sa famille. Mais surtout, accompagné à la guitare par Alice Vande Voorde, il confesse, entre les lignes, sa propre histoire auprès d’une mère qui avait trouvé là un endroit « où la souffrance est empêchée de faire souffrir ».  Sans voyeurisme mais avec douceur, il nous foudroie !

Catherine Makereel – Le Soir – 21/08/2019

Une parole confiée

 

L’alcoolisme est partout répandu.  Il est délicat d’en aborder le thème. C’est un problème dont on parle finalement peu.  Didier Poiteaux a choisi la voie théâtrale pour nous sensibiliser.

C’est du théâtre document. Il est contreperformant d’en faire une dramatization avec les effets scéniques récurrents d’ivrognes bégayant, hoquetant, zigzagant, trinquant à tout berzingue.  L’option choisie par Didier Poiteaux est celle de la simplicité, de la clarté, de la sincérité.  Il se présente en tant que comédien, il explique sa présence.  Il commence en délicatesse en référence à des cas témoins avec qui il a eu des échanges.

Sur le plateau, comme dans les salles de réunion où se retrouvent des groupes de parole, des chaises sont alignées le long du lointain et des coulisses.  Le comédien parle sur le ton de la conversation, un peu aussi à la façon d’un conférencier qui maîtrise bien son sujet.  Il sera d’ailleurs très scientifique.  Il explicite le mécanisme qui transmet au cerveau les signaux envoyés par l’alcool.

Là, la démarche s’insère pleinement dans le processus théâtral.  Afin de rendre limpide ses informations, il a disposé des chaises autrement, leur a donné le statut de neurones et visualise dans l’espace le cheminement du poison.  C’est une évidence, une perception cognitive immédiate.

L’alcool, pas cool

Lorsqu’il emprunte la parole d’un alcoolique, Didier Poiteaux ne force pas le trait. Indiquant que le discours n’est plus le sien, il change le débit et la modulation de sa voix ; il modifie une attitude corporelle et quelques gestes. De la sorte, il s’interdit toute caricature dégradante et conserve la justesse des phrases prononcées. Il est, à titre provisoire, en train de se mettre véritablement à la place du locuteur qui se raconte.

Pour colorer son discours, il est accompagné, en discrétion précieuse, par la guitare basse d’Alice Van de Veerne qui crée des atmosphères minimales, sans émotivité superflue, des touches sonores poétiques. Le spectacle se poursuit de la sorte : une description des démarches accomplies ; des notations sur des rencontres, des souvenirs personnels familiaux ou autres, des témoignages rapportés. Ainsi se révèlent les difficultés à guérir de cette maladie, le déni inhérent à la situation particulière des patients, le poids social et sociétal sur les causes et les conséquences.

La franchise du propos touche la réalité. Elle remet en place les préjugés, réactions négatives, maladresses, inquiétudes. Et, à la fin, le comédien ne fait pas appel à la sensiblerie qui donne l’illusion d’avoir de l’empathie, il termine en suscitant un sentiment profond, palpable dans le silence de l’écoute. Monsieur Poiteaux, merci. Merci, Didier.

Michel Voiturier – Rue du théâtre – 22/08/2019

Un Silence Ordinaire

 Dès 14 ans 

D’abord, il y a Clara, qui voudrait bien que son père ne soit pas “comme ça”.

Il y a  aussi Leila qui voudrait passer une soirée sans “penser à ça”.

Et Jeremy qui ne sait pas comment sauver sa mère de “ce truc-là”. 

Il y a moi aussi, Didier, qui cherche comment parler de “ça”.

Raconter les histoires des autres, c’est aller vers l’autre mais aussi tenter de se rapprocher de la sienne. Suivant la voie du théâtre documentaire, Un silence ordinaire, nous propose de partager, dans une narration simple et sincère, des récits de vies liés à l’alcoolisme. 

Au delà de ces questions, le spectacle cherche comment briser un tabou, comment casser les murs qui enferment les non-dits?

Conception, écriture et interprétation : Didier Poiteaux

Dramaturgie, mise en scène : Olivier Lenel

Assistante : Julie Marichal

Composition et musique : Alice Vande Voorde

Conseiller artistique : Pierre-Paul Constant

Scénographie: Marilyne Grimmer

Création sonore : Roxane Brunet

Création lumière: Pier Gallen

 

Diffusion :   Mademoiselle Jeanne

Anne Hautem

+32 2 377 93 00

anne.hautem@mademoisellejeanne.be

Production : INTI Théâtre.

Co-production : Pierre de Lune, Centre Culturel de Dinant, Centre culturel de Verviers et la Coop asbl. Avec l’aide du service du théâtre de la fédération Wallonie Bruxelles et le soutien de Shelterprod, Taxshelter.be, ING et du Tax- Shelter du gouvernement fédéral belge.
Partenariat : Théâtre de la Montagne Magique, Espace Senghor, MCCS de Molenbeek, Service culture de la commune d’Ixelles, ligue d’enseignement de Corrèze.